Football : quand la passion se heurte à la répression (ultras)

Dans un contexte de gentrification du Football et de tentatives de marginaliser les mouvements
ultras
, les autorités ne cessent d’aller plus loin dans les mesures répressives envers les supporters.
La multiplication des arrêtés et des procédures diverses contre les groupes ultras posent question
dans la subsistance d’une passion qui fait vivre un patrimoine local.
Les libertés les plus essentielles, comme la liberté de déplacement ou encore la liberté de rassemblement, sont remises en cause en faveur du maintien de l’ordre public, bien que des
solutions différentes seraient parfaitement envisageables.

Ainsi, le constat est le suivant : En France, il paraît impossible pour les autorités d’encadrer le déplacement de 500 personnes. Alors, véritable aveu d’échec pour le pays des Droits de l’Homme ou volonté assumée de faire disparaître les groupes ultras ?

Analyse du dernier Arrêté Ministériel interdisant le déplacement des supporters stéphanois à Montpellier :

Arrêté du 29 septembre 2025. Ministre de l’Intérieur : Bruno Retailleau.
L’arrêté se base sur différents faits qui se sont déroulés lors des 5 dernières années pour justifier
l’interdiction de déplacement. Parmi les éléments retenus, il y a l’utilisation d’engins
pyrotechniques, l’affrontement avec des supporters adverses…
Toutefois, il est aussi évoqué d’autres éléments qui n’ont pas de lien direct avec la rencontre. Il est
notamment pris en compte :

  • « La menace terroriste actuelle et prégnante sur l’ensemble du territoire national »
  • « Les manifestations organisées chaque samedi à Montpellier en solidarité avec le peuple
    palestinien ».
  • « La rencontre de championnat de France de rugby qui se jouera le même jour à Montpellier entre
    le Montpellier Hérault Rugby et le Stade Rochelais ».

Cela traduit un manque de capacités à assurer la sécurité d’un déplacement en France.
L’arrêté retient en outre une rivalité forte entre les supporters du MHSC et de l’ASSE :

  • « les relations entre supporters du MHSC et de l’ASSE sont empreintes d’animosité depuis de très
    nombreuses années ».
  • « il existe une rivalité particulière »

De plus, certains matchs comme ASSE – Lens ont fait l’objet du même type d’interdiction. Pourtant, les
supporters lensois se sont rejoins avec les supporters stéphanois devant Geoffroy Guichard dans une
ambiance festive. Il en allait de même pour le match retour à Lens. Ce qui prouve que tous les déplacements ne sont pas nécessairement sources de conflits.

Des mesures alternatives à une répression collective sont pourtant envisageables

Pour fonder textuellement sa décision, le Ministre de l’intérieur retient l’article L. 332-16-1 du
Code du Sport qui prévoit en son alinéa 1 que « Le ministre de l’intérieur peut, par arrêté, interdire
le déplacement individuel ou collectif de personnes se prévalant de la qualité de supporter d’une
équipe ou se comportant comme tel sur les lieux d’une manifestation sportive et dont la présence est
susceptible d’occasionner des troubles graves pour l’ordre public. »
Ici, le point qui peut soulever le débat concerne « les troubles graves à l’ordre public ».
Des violences ont certes été observées lors de certains déplacements. C’est un problème que les
autorités ont choisi de régler par une sanction collective. Alors même que des sanctions
individuelles existent.

Les sanctions individuelles simplement évoquées au sein de l’arrêté ministériel :

« 4 supporters montpelliérains et 10 supporters stéphanois ont fait l’objet d’une interdiction
administrative de stade en vertu de l’article L. 332-16 du code du sport. Et que 2 supporters
montpelliérains et 5 supporters stéphanois ont fait l’objet d’une interdiction judiciaire de stade. En
vertu de l’article L. 332-11 du code du sport. Ces mesures individuelles sont sans effet sur la
prévention des rixes et troubles graves à l’ordre public qui surviennent régulièrement en amont et en
aval de la rencontre ».
Il est donc retenu que seule une sanction collective pourrait permettre d’assurer l’ordre public. Ce
qui démontre à la fois le manque de capacité des autorités à identifier les fauteurs de troubles, mais
aussi, le choix d’une certaine facilité dans la réglementation du problème, en interdisant
intégralement le déplacement de personnes, qui ne sont pas toutes susceptibles d’engendrer des
incidents.


Par ailleurs, l’arrêté Ministériel fait suite à un arrêté Préfectoral du département de l’Hérault (15
septembre 2025). Celui-ci prévoyait déjà une interdiction de la présence des supporters stéphanois dans
le centre-ville de Montpellier ainsi qu’aux abords du Stade de la Mosson.

Que dit la jurisprudence envers les ultras ?

Des recours ont déjà été engagés dans le passé par d’autres groupes de supporters. C’est le cas
notamment des Marseillais (interdits de déplacement à Nice) qui avaient porté leur requête devant le
Conseil d’État.

Conseil d’État. 24 janvier 2025.


Ainsi, par un arrêt en date du 24 janvier 2025, le Conseil d’État a rejeté les demandes d’une
association de supporters marseillais qui avançait « une atteinte grave et manifestement illégale à la
liberté d’aller et venir, à la liberté de réunion, à la liberté d’expression et à la liberté d’association ».
Et que « la mesure est disproportionnée au regard de l’objectif poursuivi qui aurait pu être satisfait
par des mesures moins attentatoires aux libertés fondamentales. ».
Pour fonder sa décision de rejeter la requête, le Conseil d’État reprend les mêmes exemples que les arrêtés. Mais encore une fois, il n’est pas envisagé la
possibilité d’avoir recours à des sanctions individuelles… Ce qui tend à démontrer un certain
entêtement des instances d’aujourd’hui. La LFP pratique le même procédé lorsque des fumigènes
sont observés en tribune, la sanction qui s’ensuit parfois est le huis clos.


Pour ce qui concerne les déplacements, il serait démesuré de penser que l’ensemble des supporters
qui participent à cet événement festif se livrent à des violences. D’ailleurs, les différents arrêtés ne
considèrent pas que l’intégralité des supporters prennent forcément part à des exactions. Les
autorités ont donc conscience que le problème ne concerne pas la totalité des personnes. Il y a ici un
début de progrès à creuser, bien que cela reste marginal.

Qu’est-ce que cela prédit pour l’avenir ?

Au vu de la multiplication des arrêtés, le risque de voir disparaître les rencontres sportives en
présence de visiteurs est en train de s’imposer comme une réalité. Le dernier Derby en présence des
supporters lyonnais à Geoffroy Guichard remonte à plus de 10 ans. Tout comme le dernier
déplacement des Verts à Lyon.
En effet, certaines affiches de Ligue 1 font désormais immuablement l’objet d’une interdiction de
déplacement (PSG – OM / OL – OM / ASSE – OL / ASSE – OM…). Alors que cela était encore
possible il y a de ça quelques années…


Il y a certainement un chemin qui permettrait à la fois de préserver l’ordre public tout en autorisant le déplacement des supporters. Mais cela impliquerait un retour à la table des négociations entre les
différents acteurs. (LFP / Préfets / Ministres / Association Nationale des Supporters / Groupes ultras). Ce que les autorités ne semblent pas prêtent à faire au vu des menaces de dissolutions qui pèsent sur les
différents groupes ultras…


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ARTHUR BEJDUV
ARTHUR Béjoint Duvergey

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