Ligue 2 : Rodez, citadelle imprenable sur la route de l’ASSE

Le vestiaire stéphanois avec les maillots prêts à être portés.

Repassée au troisième rang après sa lourde défaite face à Troyes à Geoffroy-Guichard (0-3), l’AS Saint-Étienne n’a plus le droit au faux pas avant son déplacement à Rodez, ce samedi 2 mai 2026 à 20 heures, pour le compte de la 33e journée de Ligue 2. Les Verts ont non seulement laissé filer une occasion en or de revenir sur le leader troyen, mais ils ont surtout vu Le Mans leur ravir la deuxième place du classement général, synonyme d’accession directe en Ligue 1.

Désormais dos au mur à deux journées du terme, les Stéphanois s’attaquent à un adversaire ruthénois redoutable : toujours en course pour les play-offs, invaincu depuis 18 matchs et porté par un Paul-Lignon annoncé à guichets fermés.

Prêts à « batailler » selon les mots de Gautier Larsonneur, les Verts garderont aussi un œil sur le résultat du Mans, opposé au Stade de Reims (5e).

Un électrochoc porté par la voix de Gautier Larsonneur, capitaine de l’ASSE

Décrié ces dernières semaines, le capitaine stéphanois est monté au créneau pour une remise en question personnelle d’abord et collective ensuite. Par ses mots, Gautier Larsonneur invite ses coéquipiers à se transcender dans cette dernière ligne droite pour aller décrocher le deuxième ticket synonyme d’accession directe en Ligue 1.

Pointé du doigt pour son erreur sur le deuxième but face à Troyes, le gardien a d’abord assumé pleinement : « J’en prends toute la responsabilité », dédouanant Miladinovic et assurant être revenu à 100 % physiquement après sa blessure.

En conférence de presse, le capitaine a ensuite posé un ultimatum à son groupe, une manière de piquer les siens au vif. Pour lui, l’équation est simple : « Si on n’est pas déterminé à aller chercher un résultat à Rodez, (…) c’est qu’on n’est pas fait pour jouer la montée ou le haut-niveau. »

La feuille de route pour y parvenir, est claire : « retrouver notre solidité défensive » et faire preuve de « beaucoup de calme », car « il reste 180 minutes » où tout peut arriver. Lucide, il a pointé le « manque de consistance et de régularité » de son équipe, mais a fixé le cap : gagner pour « mettre la pression sur Le Mans et voir comment ils peuvent répondre. » Un appel à la révolte qui prend tout son sens face à la pression et aux enjeux colossaux de cette rencontre.

Accession en Ligue 1 en péril

Le traumatisme de la réception de Troyes est encore dans toutes les têtes. L’ASSE a bien dominé par séquences, mais a fini par s’écrouler dans le second acte, concédant trois buts et laissant Le Mans lui passer devant au classement. 

La conséquence est double. Comptable d’abord : à deux journées de la fin, Le Mans est deuxième avec 58 points, tandis que l’ASSE suit à la troisième place avec 57 points. Symbolique ensuite : le goal-average stéphanois, longtemps présenté comme un matelas de sécurité, a fondu comme neige au soleil après la claque troyenne. Les Verts et les Manceaux affichent désormais exactement la même différence de buts : +17. 

Un goal-average qui ne protège plus les Verts

Cette égalité à la différence de buts change tout dans le mano a mano final. Le règlement de départage prévoit d’abord la différence de buts générale, puis les points pris lors des confrontations directes entre les clubs concernés. Or, dans ce domaine, Le Mans est devant l’ASSE : victoire mancelle 3-2 à Geoffroy-Guichard à l’aller, puis match nul 0-0 au retour.

En cas d’égalité de points et de goal-average au soir de la 34e journée, ce sont donc les Manceaux qui seraient considérés comme deuxièmes. 

Autrement dit, l’ASSE ne peut plus se contenter de suivre le rythme. Elle doit faire mieux que Le Mans sur l’une des deux dernières journées. Le calendrier met directement les deux prétendants sous pression : pendant que Saint-Étienne ira défier Rodez à Paul-Lignon, Le Mans recevra Reims, autre candidat aux play-offs, dans le même temps. Une soirée à distance qui pourrait rebattre toutes les cartes.

Rodez : un record à l’échelle européenne

La mission stéphanoise s’annonce pourtant redoutable. Rodez n’est pas seulement un adversaire accrocheur : c’est l’équipe en forme de cette fin de saison. Les Ruthénois restent sur dix-huit matchs consécutifs sans défaite, unrecord en Europe cette saison, et ont fait de Paul-Lignon une véritable forteresse avec onze matchs sans revers à domicile. Le club aveyronnais, sixième avec 52 points, peut encore croire au top 5 et à une qualification pour les play-offs. 

À l’aller, l’ASSE avait pourtant frappé fort en s’imposant largement 4-0 à Geoffroy-Guichard. Mais l’histoire récente rappelle aussi que les Verts n’ont jamais gagné à Rodez : deux déplacements, un nul et une défaite. Le RAF n’est pas qualifié de bête noire des Stéphanois, mais il reste un adversaire particulièrement inconfortable dans l’Aveyron.

Un stade Paul-Lignon à guichets fermés

L’ambiance promet d’être bouillante. Le stade Paul-Lignon affichera complet pour cette affiche de la 33e journée. Le RAF avait annoncé dès début avril que la rencontre se jouerait à guichets fermés, preuve de l’engouement autour de ce choc entre une équipe ruthénoise en pleine euphorie et une ASSE sous pression. 

Côté visiteurs, le parcage stéphanois sera également plein. 386 supporters de l’ASSE sont attendus dans l’enceinte ruthénoise, auxquels s’ajoutera une soixantaine d’handi-supporters placés hors parcage.

Le déplacement est encadré par arrêté préfectoral : les supporters stéphanois se rendant en bus ou minibus doivent passer par un point de rendez-vous à Onet-le-Château avant d’être escortés jusqu’au stade. Les autres supporters se réclamant de l’ASSE sont soumis à des restrictions strictes autour de Paul-Lignon et dans une partie du centre-ville de Rodez.

Jérôme Brisard au sifflet

La rencontre sera dirigée par Jérôme Brisard, arbitre international. Il sera assisté d’Alexis Auger et de Gaëtan Korbas, tandis qu’Arnaud Baert officiera comme quatrième arbitre. Cette saison, Brisard a notamment arbitré quinze matchs de Ligue 1, distribuant 67 avertissements et 7 cartons rouges.

Avec l’ASSE, son bilan est parfaitement équilibré : seize matchs dirigés, six victoires stéphanoises, quatre nuls et six défaites. Son nom rappelle aussi quelques souvenirs aux Verts : il était notamment au sifflet lors de l’incroyable ASSE-Bordeaux de 2024, renversé par un doublé d’Irvin Cardona, puis lors du barrage retour à Metz, synonyme d’accession en Ligue 1 à l’époque.

L’ASSE décimée, mais Philippe Montanier fait avec

Le défi sportif serait déjà immense avec un groupe complet. Il devient encore plus compliqué avec l’hécatombe qui frappe l’effectif stéphanois. Philippe Montanier doit composer avec une longue liste d’absents : Chico Lamba, Zuriko Davitashvili, Florian Tardieu, Julien Le Cardinal, Aïmen Moueffek, Nadir El Jamali, Paul Eymard, Djylian N’Guessan et Marten-Chris Paalberg.

Neuf forfaits qui touchent toutes les lignes et réduisent considérablement les options du technicien ligérien. Deux absences de dernière minute pèsent particulièrement lourd. Julien Le Cardinal, un temps espéré après une reprise individuelle, est finalement trop court et ne figure pas dans le groupe. Aïmen Moueffek, touché au mollet, était lui aussi attendu, mais a finalement dû déclarer forfait. Quant à Chico Lamba, victime d’une fracture de fatigue, sa saison est terminée. 

Interrogé sur cette cascade de blessures, Philippe Montanier refuse d’y voir une cause unique. Il évoque des impacts, des traumatismes, des histoires individuelles différentes, mais reconnaît que ces absences sont évidemment handicapantes dans le money time. Sa formule résume l’état d’esprit recherché : il faudra « trouver les vertus » pour passer au-dessus de ces obstacles.

Soumahoro de retour, Baallal première surprise

Dans ce contexte, la composition du groupe stéphanois a réservé deux enseignements. D’abord, Aboubaka Soumahoro fait son retour dans les 18. Le défenseur avait déjà été appelé plus tôt dans la saison, mais sa présence prend une importance particulière alors que Montanier pourrait être tenté de basculer sur une défense à trois ou de renforcer son arrière-garde. 

L’autre nouveauté se nomme Adam Baallal. Le jeune milieu marocain est convoqué pour la première fois avec le groupe professionnel. Arrivé très récemment à l’ASSE, cet hiver, Baallal s’est d’abord intégré avec les U19 avant de se montrer avec la réserve.

Formé à l’Académie Mohammed VI, passé par l’Union Touarga au Maroc, il est présenté comme un milieu technique, capable de jouer juste et de se projeter. Sa convocation est autant une récompense de son adaptation qu’une conséquence directe des nombreuses absences au milieu de terrain.

Les dix-huit Stéphanois convoqués pour le match

  • Gardiens : Gautier Larsonneur, Brice Maubleu.
  • Défenseurs : Ebenezer Annan, Dennis Appiah, Maxime Bernauer, João Ferreira, Mickaël Nadé, Kévin Pedro, Aboubaka Soumahoro.
  • Milieux : Adam Baallal, Luan Gadegbeku, Abdoulaye Kanté, Igor Miladinovic.
  • Attaquants : Augustine Boakye, Irvin Cardona, Joshua Duffus, Ben Old, Lucas Stassin.

Composition probable : Larsonneur – Pedro, Bernauer, Nadé, Old – Kanté, Miladinovic, Boakye – Cardona, Stassin, Duffus.

Rodez presque au complet et porté par ses cadres

Côté ruthénois, le contraste est net. Didier Santini ne fait pas face à une hécatombe comparable et peut s’appuyer sur un noyau stable, habitué à son système et à ses principes. Le RAF évolue le plus souvent avec une défense à trois, des pistons très actifs et deux attaquants capables d’attaquer rapidement la profondeur.

Parmi les hommes à surveiller : Quentin Braat dans le but, Raphaël Lipinski dans l’axe gauche, Mathis Magnin, Nolan Galves, Evan’s Jean-Lambert, mais aussi Jordan Mendes, Mathis Saka, Alexis Trouillet, Ibrahima Baldé et surtout Taïryk Arconte, l’une des principales menaces offensives ruthénoises. L’effectif officiel de Rodez confirme cette ossature autour de Braat, Lipinski, Magnin, Galves, Jean-Lambert, Mendes, Trouillet, Saka, Baldé et Arconte.

Des statistiques qui entretiennent l’espoir stéphanois

Sur le papier, plusieurs indicateurs restent favorables à l’ASSE. Les Verts possèdent la meilleure attaque du haut de tableau derrière Troyes avec 53 buts inscrits, contre 41 pour Rodez. En matière d’expected goals, Saint-Étienne se situe également plus haut que son adversaire : selon Statof, l’ASSE génère en moyenne 1,58 xG par match, deuxième total référencé, contre 1,25 xG pour Rodez. 

Cela illustre une réalité : même diminuée, l’ASSE reste une équipe capable de se créer des occasions et de marquer. Mais Rodez présente un profil très différent. Les Ruthénois acceptent souvent de laisser le ballon, avec une possession moyenne très basse, mais se montrent dangereux en transition. L’ASSE aime monopoliser le ballon et un RAF qui se satisfait volontiers d’un bloc plus bas avant de se projeter. 

Le paradoxe ruthénois est là : Rodez n’écrase pas toujours statistiquement ses adversaires, mais ne perd plus. Son bilan global : 13 victoires, 13 nuls, 6 défaites, montre une équipe dure à faire tomber, habituée à rester dans le match jusqu’au bout.

Montanier connaît déjà Rodez

Philippe Montanier a déjà croisé la route du RAF avec réussite. En novembre 2019, alors entraîneur du RC Lens, il s’était imposé à Paul-Lignon face à Rodez (2-1). Plus tard, avec Toulouse, il avait infligé une lourde défaite aux Ruthénois en Coupe de France, avec un succès 6-1 en quart de finale le 1er mars 2023. Deux précédents qui ne garantissent rien, mais qui rappellent que Montanier a déjà trouvé des solutions face au club aveyronnais.

Pour autant, l’entraîneur stéphanois se garde bien de minimiser le défi qui attend ses joueurs ce samedi. Avant cette 33e journée, il a placé le curseur sur l’exigence, rappelant que son équipe n’avait « pas d’alternative » : il faut gagner.

Montanier a aussi insisté sur la qualité de Rodez, saluant le travail de Didier Santini et une formation « portée vers l’avant », capable de mettre énormément d’engagement sur chaque ballon. Une manière de rappeler que, malgré ses références passées face au RAF, l’ASSE devra répondre présent dans l’intensité pour espérer faire tomber une équipe invaincue depuis dix-huit rencontres.

Tout ramène finalement à la même équation. Pour continuer à rêver d’élite en s’évitant l’épreuve des play-offs, l’ASSE doit gagner à Rodez et espérer un faux pas du Mans face à Reims. Mais les Verts avancent diminués, sous pression, avec un goal-average qui ne les protège plus et une dynamique mentale à reconstruire après Troyes.

Face à eux, Rodez avance en confiance, invaincu depuis dix-huit matchs, imprenable depuis onze rencontres à domicile et poussé par un Paul-Lignon à guichets fermés. La citadelle est haute, l’obstacle immense, mais l’ASSE n’a plus le luxe du calcul. Pour croire encore à l’accession directe, il faudra joindre les actes aux mots de Gautier Larsonneur : batailler, vraiment, et faire tomber Rodez chez lui.


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Gael Ogier
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