La Coupe du monde reste le sommet absolu d’une carrière de footballeur. Tous les quatre ans, elle offre aux joueurs l’occasion d’entrer dans l’histoire de leur sélection mais aussi de leur club. À l’heure où Augustine Boakye et Ben Old s’apprêtent à représenter respectivement le Ghana et la Nouvelle-Zélande sur les pelouses nord-américaines, l’AS Saint-Étienne s’apprête à ajouter deux nouveaux noms à une histoire mondiale particulièrement conséquente.
Car bien avant les qualifications du Ghanéen et du Néo-Zélandais, de nombreux joueurs, entraîneurs et dirigeants passés par le Forez ont marqué la plus prestigieuse des compétitions internationales. Des demi-finales héroïques de la France en 1958 au sacre mondial d’Aimé Jacquet en 1998, en passant par les exploits de Michel Platini, Dominique Rocheteau, Osvaldo Piazza, Johnny Rep ou encore Rachid Mekhloufi, les Verts ont régulièrement laissé leur empreinte sur les Coupes du monde.
Certains ont soulevé le trophée. D’autres ont disputé des finales, vécu des histoires mémorables ou participé à des matchs devenus légendaires. Tous ont contribué à écrire un lien unique entre l’ASSE et le Mondial.
Retour sur près de sept décennies d’histoire, de 1958 à 2026, à travers les Stéphanois actuels et anciens qui ont participé, de près ou de loin, à la plus prestigieuse compétition de la planète football.
Robert Herbin ouvre la voie
L’histoire entre l’AS Saint-Étienne et la Coupe du monde débute à l’été 1958, sur les pelouses suédoises. Cette année-là, l’équipe de France signe l’un des plus grands exploits de son histoire en décrochant la troisième place du tournoi, derrière la Suède et le Brésil emmené par un jeune Pelé.
Parmi les joueurs retenus figure déjà un Stéphanois promis à un grand avenir : Robert Herbin. Âgé de seulement 19 ans, le futur entraîneur légendaire des Verts découvre alors la scène mondiale avec les Bleus. Après une défaite face au Brésil (5-2) en demi-finale, la sélection française conclut son parcours en dominant l’Allemagne de l’Ouest (6-3) lors du match pour la troisième place.
Cette édition 1958 marque la première apparition d’un joueur de l’AS Saint-Étienne dans la plus prestigieuse des compétitions internationales. Le début d’une histoire qui, au fil des décennies, verra de nombreux Stéphanois représenter leur pays sur la scène mondiale.
Le rendez-vous manqué de Rachid Mekhloufi
Pourtant, l’histoire aurait pu s’écrire autrement. Au printemps 1958, un autre Stéphanois figure parmi les joueurs susceptibles de participer à l’aventure suédoise avec l’équipe de France : Rachid Mekhloufi. Considéré comme l’un des attaquants les plus talentueux de sa génération, le joueur de l’ASSE choisit finalement de quitter la France pour rejoindre l’équipe du FLN, créée dans le contexte de la guerre d’Algérie.
Cette décision, profondément liée au contexte politique de l’époque, met un terme à ses perspectives immédiates en sélection française et le prive d’une participation à la Coupe du monde. Alors qu’il semblait disposer du profil pour occuper un rôle important au sein des Bleus, Mekhloufi ne foulera jamais les pelouses suédoises.
Plus de soixante ans après les faits, cette absence continue d’alimenter les interrogations des passionnés d’histoire du football. Elle demeure l’un des grands rendez-vous manqués de cette génération et l’un des « et si ? » les plus marquants du football français.
« Et Johnny Rep… », deux finales avant le Chaudron
Lorsque Johnny Rep s’engage à l’AS Saint-Étienne en 1979, les supporters stéphanois accueillent l’un des joueurs les plus expérimentés de la scène internationale. L’ailier néerlandais possède alors un palmarès singulier, forgé au cœur de l’une des plus grandes générations de l’histoire du football des Pays-Bas.
Aux côtés de Johan Cruyff, il participe à l’épopée du Mondial 1974 en Allemagne de l’Ouest. Les Néerlandais, portés par le « football total », atteignent la finale après un parcours remarqué, marqué notamment par des succès contre l’Argentine et le Brésil. Ils s’inclinent finalement face au pays organisateur (2-1), au terme d’une compétition qui contribue à faire entrer cette équipe dans la légende malgré l’absence de sacre.
Quatre ans plus tard, lors de la Coupe du monde organisée en Argentine, les Pays-Bas retrouvent une nouvelle fois la finale. L’histoire se répète cependant pour Johnny Rep et ses coéquipiers, battus 3-1 après prolongation par la sélection argentine devant son public.
Avec deux finales consécutives disputées en 1974 et 1978, Johnny Rep appartient au cercle restreint des joueurs ayant approché à deux reprises le titre mondial sans parvenir à le conquérir. Il conserve également une place particulière dans l’histoire de la sélection néerlandaise puisqu’il demeure, encore aujourd’hui, le meilleur buteur des Pays-Bas en Coupe du monde avec sept réalisations.
1978, la Coupe du monde la plus verte
La Coupe du monde 1978, organisée en Argentine, représente probablement l’un des moments les plus marquants de l’histoire de l’AS Saint-Étienne sur la scène internationale. À cette époque, les Verts dominent encore le football français et leur effectif rayonne largement au-delà des frontières hexagonales.
Pas moins de cinq Stéphanois défendent alors les couleurs de l’équipe de France : Michel Platini, Dominique Rocheteau, Christian Lopez, Gérard Janvion et Jean-Michel Larqué. Les Bleus entament leur tournoi par une défaite face à l’Italie (2-1), se relancent contre la Hongrie (3-1), puis s’inclinent face à l’Argentine (2-1). Malgré les buts inscrits par Platini et Rocheteau, la sélection française quitte la compétition dès le premier tour.
Si l’aventure s’arrête prématurément pour les Français, un autre joueur de l’AS Saint-Étienne connaît une issue bien plus heureuse. Figure emblématique de la défense stéphanoise, Osvaldo Piazza assiste au premier sacre mondial de l’Argentine. Portée par Mario Kempes, l’Albiceleste s’impose face aux Pays-Bas (3-1 après prolongation) dans un stade Monumental en fusion et décroche le premier titre mondial de son histoire.
La présence stéphanoise s’étend également à la sélection yougoslave avec Ivan Ćurković. Le gardien des Verts participe lui aussi à cette édition, illustrant une nouvelle fois le rayonnement international d’une génération stéphanoise qui compte alors parmi les plus réputées d’Europe.
Séville 1982, le Mondial des Stéphanois
Quatre ans après l’Argentine, l’AS Saint-Étienne demeure au cœur de l’aventure de l’équipe de France lors de la Coupe du monde 1982 en Espagne. Rarement le club forézien n’aura été aussi représenté au sein de la sélection tricolore.
Michel Platini, Dominique Rocheteau, Christian Lopez, Gérard Janvion, Bernard Genghini et Patrick Battiston participent à ce qui deviendra l’une des campagnes les plus marquantes de l’histoire des Bleus. Après avoir franchi les deux premières phases de la compétition, la France retrouve l’Allemagne de l’Ouest en demi-finale dans une rencontre entrée depuis dans la légende du football mondial.
Le 8 juillet 1982, au stade Sánchez-Pizjuán de Séville, les Français semblent toucher du doigt une première finale mondiale. Menés puis revenus dans la rencontre, les Bleus prennent même l’avantage 3-1 durant la prolongation. Mais les Allemands parviennent à refaire leur retard pour égaliser à 3-3 avant de s’imposer lors de la séance de tirs au but.
Si cette élimination demeure l’une des plus cruelles de l’histoire du football français, elle marque également un tournant. Par son parcours, son style de jeu et les émotions qu’elle suscite, cette génération contribue à installer durablement l’équipe de France parmi les grandes nations du football international. Une épopée dont les Stéphanois auront été parmi les principaux acteurs.
Rachid Mekhloufi et le « match de la honte »
La Coupe du monde 1982 ne se résume pas à l’épopée des Bleus et de leurs nombreux représentants stéphanois. Un autre visage bien connu de l’AS Saint-Étienne joue également un rôle majeur lors du tournoi espagnol : Rachid Mekhloufi.
À la tête de la sélection algérienne, l’ancien attaquant des Verts dirige les Fennecs pour leur toute première participation à une phase finale de Coupe du monde. Dès leur entrée en lice, les Algériens marquent les esprits en réalisant l’un des plus grands exploits de l’histoire du tournoi en battant l’Allemagne de l’Ouest (2-1), future finaliste de la compétition. Ils confirment ensuite leur potentiel en s’imposant face au Chili (3-2).
Malgré ces deux victoires, l’Algérie ne parvient pourtant pas à accéder au second tour. La rencontre entre l’Allemagne de l’Ouest et l’Autriche, remportée 1-0 par les Allemands, offre en effet la qualification aux deux sélections européennes au détriment des Fennecs. Le scénario de ce match, rapidement privé de tout suspense après l’ouverture du score allemande, suscite une vive polémique et entre dans l’histoire sous l’appellation de « match de la honte ».
Cet épisode aura des conséquences durables sur l’organisation des Coupes du monde. À la suite de cette controverse, la FIFA décide de faire disputer simultanément les derniers matchs de groupe afin d’éviter qu’une telle situation ne puisse se reproduire.
Platini et Rocheteau terminent sur le podium
Quatre ans après l’épopée de Séville, plusieurs figures emblématiques de l’AS Saint-Étienne retrouvent la scène mondiale à l’occasion de la Coupe du monde 1986 au Mexique. Pour Michel Platini et Dominique Rocheteau, ce tournoi constitue la dernière apparition de leur carrière dans la plus prestigieuse des compétitions internationales.
Portée par une génération arrivée à maturité, l’équipe de France réalise un nouveau parcours de premier plan. Après avoir éliminé l’Italie en huitièmes de finale (2-0), les Bleus disputent l’un des matchs les plus marquants de leur histoire face au Brésil. Au terme d’une rencontre spectaculaire conclue par une séance de tirs au but restée dans les mémoires, les Français décrochent leur qualification pour le dernier carré.
Comme en 1982, leur route croise celle de l’Allemagne de l’Ouest. Cette fois encore, les Allemands mettent fin aux ambitions françaises en s’imposant 2-0 en demi-finale. Malgré cette déception, les Bleus concluent leur aventure sur une note positive en dominant la Belgique (4-2) lors du match pour la troisième place.
Cette troisième place vient récompenser une génération qui aura durablement installé la France parmi les grandes nations du football mondial, avec plusieurs anciens et actuels Stéphanois parmi ses principaux artisans.
Aimé Jacquet atteint le sommet du football mondial
Douze ans après le Mondial mexicain, l’histoire entre l’AS Saint-Étienne et la Coupe du monde atteint sans doute son sommet. À la tête de l’équipe de France, Aimé Jacquet conduit les Bleus vers le premier titre mondial de leur histoire lors de l’édition 1998 organisée sur le sol français.
Ancien joueur, capitaine puis entraîneur emblématique de l’AS Saint-Étienne, le natif de Sail-sous-Couzan mène progressivement son groupe jusqu’au sommet du football mondial. Après avoir successivement éliminé le Paraguay, l’Italie puis la Croatie, la sélection française retrouve le Brésil en finale au Stade de France.
Le 12 juillet 1998, devant près de 80 000 spectateurs, les Bleus s’imposent 3-0 face aux champions du monde en titre. Cette victoire offre à la France son premier sacre mondial et fait entrer Aimé Jacquet dans l’histoire du sport français.
Pour l’AS Saint-Étienne, ce triomphe possède une résonance particulière. Aucun autre ancien Vert n’a occupé une place aussi centrale dans la conquête de la Coupe du monde. Plus qu’un simple participant, Aimé Jacquet demeure l’un des principaux artisans du plus grand succès du football français.
Les héritiers du XXIe siècle
Si les grandes générations stéphanoises des années 1970 et 1980 ont largement marqué l’histoire de la Coupe du monde, la présence des Verts sur la scène mondiale ne s’est jamais totalement interrompue par la suite. Au fil des éditions, plusieurs joueurs passés par l’AS Saint-Étienne ont continué à représenter leur sélection au plus haut niveau.
Champion du monde avec l’équipe de France en 1998, Laurent Blanc inscrit notamment son nom au palmarès de la compétition après son passage dans le Forez. Quelques années plus tard, Willy Sagnol participe aux campagnes françaises de 2002 et 2006, tandis que Grégory Coupet figure dans le groupe tricolore lors des éditions 2006 et 2010. Bafétimbi Gomis fait également partie de l’aventure française en Afrique du Sud en 2010.
L’histoire se poursuit ensuite sous d’autres couleurs. Max-Alain Gradel représente la Côte d’Ivoire lors de la Coupe du monde 2014 au Brésil, prolongeant la tradition internationale des anciens Stéphanois.
Plus récemment, lors du Mondial 2022 au Qatar, Wahbi Khazri s’offre une place particulière dans l’histoire du football tunisien. L’ancien capitaine des Verts inscrit l’unique but de la rencontre face à la France, permettant aux Aigles de Carthage de s’imposer 1-0 contre les champions du monde en titre. Une victoire prestigieuse qui demeure l’un des moments marquants du parcours tunisien dans la compétition.
Boakye et Ben Old écrivent le chapitre 2026
L’histoire des Verts en Coupe du monde s’écrira cet été à travers une nouvelle génération. Augustine Boakye et Ben Old porteront à leur tour les couleurs de l’AS Saint-Étienne sur la scène la plus prestigieuse du football international. Le milieu offensif ghanéen découvrira la compétition avec les Black Stars, tandis que l’ailier néo-zélandais représentera son pays pour ce qui constituera également l’un des moments les plus importants de sa carrière.
Soixante-huit ans après la première participation d’un Stéphanois à une Coupe du monde avec Robert Herbin en 1958, l’AS Saint-Étienne continue ainsi d’être représentée aux quatre coins du globe. Une présence qui traverse les générations, les époques et les continents.
De Robert Herbin à Augustine Boakye, en passant par Rachid Mekhloufi, Michel Platini, Dominique Rocheteau, Osvaldo Piazza, Johnny Rep, Aimé Jacquet, William Saliba, Wahbi Khazri ou encore Ben Old, la Coupe du monde a régulièrement croisé la route de l’histoire stéphanoise. Peu de clubs français peuvent revendiquer une telle continuité dans la plus grande compétition du football mondial.
À l’heure où une nouvelle édition s’apprête à débuter, les Verts ajoutent simplement un nouveau chapitre à une histoire commencée il y a près de sept décennies et qui continue de s’écrire bien au-delà des frontières du Forez.
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