À l’ASSE, la hiérarchie des gardiens semblait jusqu’ici bien établie. Gautier Larsonneur occupait solidement le poste de numéro un, Mamour Ndiaye patientait dans son rôle de doublure, tandis que Lucas Lavallé s’était plus récemment installé comme titulaire dans les cages de la réserve stéphanoise. Mais la blessure du capitaine des Verts face à Rodez pourrait rebattre temporairement les cartes, en offrant à Ndiaye l’occasion de faire ses preuves dès samedi soir sur la pelouse du Red Star.
Entré en jeu après la sortie de Larsonneur, touché au genou à la suite d’un choc avec Kévin Pedro, Ndiaye pourrait connaître au stade Bauer sa première titularisation sous le maillot stéphanois. Une opportunité importante, sans pour autant remettre en cause la hiérarchie actuelle. Larsonneur demeure le gardien numéro un des Verts et son éventuelle absence résulte d’une blessure, non d’un choix sportif d’Ian Cathro.
De Steve Mandanda à Mike Maignan, en passant par Anthony Lopes ou Jan Oblak, plusieurs gardiens ont su saisir une opportunité inattendue. Pour certains, cette période d’intérim a même marqué un tournant dans leur carrière, leur permettant de changer de statut et de s’imposer durablement comme titulaires. Des trajectoires qui font écho à la situation de Mamour Ndiaye, même s’il est encore bien trop tôt pour envisager un scénario comparable à Saint-Étienne.
Mandanda, Lopes, Maignan : trois précédents français particulièrement parlants
L’histoire de Steve Mandanda reste l’un des exemples les plus marquants. Lorsqu’il rejoint l’Olympique de Marseille en 2007, l’ancien Havrais arrive initialement comme doublure de Cédric Carrasso. Mais la rupture du tendon d’Achille de ce dernier, survenue au mois d’août, redistribue les cartes. Propulsé titulaire, Mandanda enchaîne les rencontres et convainc rapidement. Carrasso quittera finalement Marseille l’été suivant, tandis que son ancien remplaçant s’installera durablement dans les cages olympiennes.
À Lyon, Anthony Lopes connaît une trajectoire similaire en 2013. Rémy Vercoutre avait pris la succession d’Hugo Lloris lorsqu’une rupture des ligaments croisés du genou, survenue à la veille du derby face à Saint-Étienne, précipite le jeune gardien portugais dans le grand bain. Lopes dispute alors son premier match de Ligue 1 contre les Verts. Une titularisation qui marque le début d’une longue histoire, puisqu’il conservera ensuite sa place dans les buts lyonnais.
Mike Maignan bénéficie lui aussi d’un concours de circonstances quelques années plus tard. Au LOSC, Vincent Enyeama reste le gardien de référence lorsque sa blessure au genou, au printemps 2017, permet à son jeune concurrent de gagner du temps de jeu. L’indisponibilité du Nigérian se prolonge et Marcelo Bielsa finit par installer Maignan dans les cages lilloises. La hiérarchie bascule progressivement, jusqu’à faire du Français un titulaire incontournable. En 2021, il quittera Lille après avoir remporté le championnat de France.
Trois trajectoires différentes, mais un même point de départ : une blessure qui ouvre la porte à un gardien jusque-là cantonné au rôle de doublure. Encore fallait-il saisir cette occasion pour convaincre sur la durée.
Oblak et Ederson ont eux aussi commencé par patienter
Le phénomène dépasse largement les frontières du championnat français. En Espagne, Jan Oblak en offre un exemple particulièrement révélateur. Recruté par l’Atlético de Madrid en provenance du Benfica en 2014, le Slovène ne parvient pas immédiatement à s’imposer devant Miguel Ángel Moyá. La situation évolue en mars 2015, lorsque le gardien espagnol se blesse lors du huitième de finale retour de Ligue des champions face au Bayer Leverkusen. Oblak entre en jeu, participe à la qualification madrilène et finit par s’installer durablement comme numéro un sous les ordres de Diego Simeone.
Au Benfica, Ederson connaît une ascension comparable. Initialement doublure de Júlio César, le gardien brésilien profite de l’indisponibilité de son compatriote en 2016 pour obtenir sa chance à un moment décisif de la saison. Ses performances convainquent le staff de lui maintenir sa confiance, lui permettant de s’installer durablement dans les cages lisboètes avant de rejoindre Manchester City l’année suivante.
D’autres gardiens ont également vu leur situation évoluer à la faveur d’une absence devant eux. Jordan Pickford à Sunderland, Wojciech Szczęsny à Arsenal, Yassine Bounou à Séville ou encore Dean Henderson à Crystal Palace illustrent, avec des circonstances différentes, la manière dont une période d’intérim peut parfois se transformer en véritable tournant dans une carrière.
Pour un entraîneur, quelques rencontres peuvent suffire à découvrir chez son remplaçant des qualités qu’il n’avait jusque-là observées qu’à l’entraînement. Pour le gardien concerné, elles représentent surtout une occasion rare de démontrer qu’il peut assumer les responsabilités d’un titulaire.
À Saint-Étienne, les doublures ont souvent eu leur mot à dire
L’histoire de l’ASSE compte également de nombreux précédents. En 1980, Jean Castaneda avait pris la place d’Ivan Curkovic sur décision de Robert Herbin. Jérémie Janot s’était ensuite imposé à la faveur de plusieurs absences en 2002-2003, avant d’être lui-même remplacé par Jody Viviani après une blessure en 2008. Jessy Moulin avait également suppléé Janot en 2011, tandis qu’Anthony Maisonnial avait obtenu sa chance en 2016 après la blessure de Stéphane Ruffier et l’expulsion de Moulin. En 2020, ce dernier était devenu titulaire à la suite de la mise à l’écart de Ruffier par Claude Puel, cette fois sur décision de l’entraîneur.
Un an plus tard, Stefan Bajic avait pris le relais de Moulin, avant qu’Étienne Green ne profite des blessures des deux gardiens pour passer du statut de troisième choix à celui de titulaire. Paul Bernardoni avait ensuite été recruté après la blessure de Green en 2022, tandis que Matthieu Dreyer avait bénéficié de sa suspension et que Boubacar Fall avait également obtenu sa chance sous Laurent Batlles. Green avait retrouvé les cages après la blessure de Gautier Larsonneur en 2023, avant que Brice Maubleu n’assure à son tour l’intérim lors d’une nouvelle indisponibilité du capitaine stéphanois en mars 2026.
Tous les remplaçants n’ont pas pour autant bouleversé la hiérarchie
Ces exemples ne doivent toutefois pas laisser penser qu’une blessure entraîne systématiquement un changement de numéro un. Parmi les quinze situations étudiées par la rédaction, plusieurs gardiens ont obtenu leur chance sans parvenir à conserver durablement leur place.
Au Real Madrid, Andriy Lunin en constitue une illustration. Durant la saison 2023-2024, la blessure de Kepa Arrizabalaga lui permet de gagner du terrain dans une hiérarchie déjà bouleversée par la longue indisponibilité de Thibaut Courtois. L’Ukrainien multiplie les apparitions et réalise plusieurs prestations remarquées. Mais le retour de Courtois finit par rétablir la hiérarchie initiale, malgré les performances de son remplaçant.
Emiliano Martínez connaît une situation différente à Arsenal en 2020. Après la blessure de Bernd Leno, l’Argentin prend place dans les buts et réalise une fin de saison convaincante, participant notamment à la victoire des Gunners en FA Cup. Ses prestations ne suffisent pourtant pas à lui garantir le statut de titulaire pour la saison suivante. Il choisit alors de rejoindre Aston Villa, où il obtient enfin la place de numéro un qu’il recherchait.
Nick Pope ou Djordje Petrović ont également connu des périodes durant lesquelles l’indisponibilité d’un concurrent leur a permis d’obtenir davantage de responsabilités, sans nécessairement rendre leur statut définitif.
Une distinction essentielle pour comprendre la situation actuelle à Saint-Étienne. Sur les quinze exemples retenus par la rédaction, onze ont débouché sur une installation durable du remplaçant. Mais ce chiffre ne constitue en aucun cas une probabilité applicable à Mamour Ndiaye. Les parcours ont précisément été sélectionnés pour illustrer des gardiens ayant bénéficié d’une opportunité inattendue. Ils montrent ce qui peut arriver, sans permettre de prédire ce qui se produira chez les Verts.
Pour Mamour Ndiaye, la première étape sera de convaincre
À Saint-Étienne, la situation reste pour l’heure bien différente de celle de Mandanda, Lopes ou Maignan au moment où leur carrière a basculé. Mamour Ndiaye ne s’apprête pas à disputer une place de titulaire dans le cadre d’une concurrence ouverte. Avant sa blessure, Gautier Larsonneur bénéficiait d’un statut clairement établi et rien ne laissait penser qu’Ian Cathro envisageait de modifier cette hiérarchie.
C’est donc bien l’indisponibilité du capitaine stéphanois qui change les circonstances. Après avoir effectué ses premiers pas face à Rodez, Ndiaye pourrait désormais connaître sa première titularisation avec les Verts. Une occasion de montrer ses qualités sur une rencontre complète, dans un contexte qui ne lui laissera que peu de temps pour prendre ses marques.
Car le rendez-vous s’annonce particulièrement exigeant. Samedi soir, l’ASSE se déplacera au stade Bauer pour affronter le Red Star, dans un duel entre les deux premières équipes du championnat. Un environnement où chaque intervention du jeune gardien pourrait peser sur le déroulement de la rencontre.
Pour Ndiaye, l’objectif immédiat ne sera donc pas de bouleverser la hiérarchie, mais de répondre aux attentes de son entraîneur pendant l’absence de Larsonneur. Assurer la continuité dans les cages stéphanoises, apporter de la sérénité à sa défense et saisir le temps de jeu qui lui sera accordé.
La suite dépendra naturellement de ses performances, mais aussi de la durée de l’indisponibilité du capitaine, des conditions de son retour et des décisions prises par Ian Cathro. Autant de paramètres qui rendent aujourd’hui prématurée toute projection sur une éventuelle concurrence entre les deux gardiens.
Mandanda, Maignan, Lopes : la même occasion à saisir
Mandanda n’était pas arrivé à Marseille avec la certitude de détrôner Carrasso. Maignan avait dû patienter derrière Enyeama avant de s’imposer à Lille. Quant à Lopes, il n’était pas destiné à disputer son premier derby face à Saint-Étienne dans les circonstances qui ont finalement accompagné ses débuts. Tous ont d’abord dû répondre à une urgence avant de convaincre leur entraîneur qu’ils pouvaient aller plus loin.
Mamour Ndiaye n’en est encore qu’à cette première étape. Rien ne permet aujourd’hui d’affirmer que l’absence de Gautier Larsonneur entraînera une remise en question de la hiérarchie stéphanoise. Cette période pourrait parfaitement se refermer avec le retour du capitaine, comme elle pourrait permettre à son remplaçant de gagner en considération auprès du staff.
Une chose est néanmoins certaine : si sa titularisation se confirme samedi à Bauer, Ndiaye disposera d’une occasion qu’un deuxième gardien attend parfois longtemps. Celle de quitter le banc pour montrer, sur le terrain, ce dont il est capable. Reste désormais à savoir ce qu’il en fera.
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