Il y a des entrées qui échappent aux caméras, mais qui transforment le cours d’un match. Celle de Abdoulaye Kanté face à Montpellier appartient clairement à cette catégorie. Pas titulaire pour la première de Philippe Montanier, le milieu stéphanois a pourtant rééquilibré une rencontre jusque-là compliquée dans son organisation. Une prestation en parfaite cohérence avec ce qu’il annonçait en conférence de presse, jeudi : « Je me sens bien physiquement une semaine après mon arrivée. Je me suis entraîné normalement et je me tiens prêt à jouer. (…) Ces derniers mois n’ont pas été faciles pour moi, mais ça fait six semaines que je suis revenu, je me sens désormais bien », confiait-il avant le match.
Une équipe sans point d’ancrage avant la pause
En première période, l’ASSE a longtemps renvoyé l’image d’une équipe coupée en deux et fébrile. Privés d’une véritable sentinelle à vocation défensive, les Verts ont vu leurs lignes s’étirer et les seconds ballons leur échapper trop souvent. Sans être flamboyants, les joueurs de Montpellier Hérault SC ont su exploiter ces zones grises pour poser leur jeu. Il manquait ce point d’ancrage, ce joueur capable de sécuriser l’axe et de rassurer collectivement AS Saint-Étienne.
Abdoulaye Kanté, le point d’équilibre qui change tout
L’entrée de Kante, en remplacement de Gadegbeku, s’est faite remarquée hier soir à Geoffroy-Guichard. Presque immédiatement, le tempo a changé. Là où l’ASSE subissait, elle a recommencé à retrouver le jeu. Positionné pointe basse, toujours dans l’axe, Kanté a coupé les lignes de passe, s’est projeté vers l’avant sur les deuxièmes ballons et a imposé une présence physique sur le jeu. Au sol comme dans les airs, il a remporté des duels essentiels, incarnant exactement le rôle qu’il décrivait lui-même : « Ma première qualité, c’est la récupération. Je suis un milieu défensif agressif, avec une bonne lecture de jeu, dans l’anticipation avec ou sans ballon. »
Le milieu de terrain ivoirien s’est distingué par la justesse de ses lectures, son sens de l’anticipation et la propreté de ses interventions, avant d’assurer des transmissions rapides. Un travail de l’ombre, dans la lignée de ce qu’apportait autrefois Jaber, et qui faisait défaut à l’ASSE ces dernières semaines.
Dans les phases de possession stéphanoise, Kanté s’est constamment rendu disponible. En se rapprochant du porteur, il a attiré son vis-à-vis, libérant des espaces plus haut sur le terrain et facilitant la construction vers l’avant. Tantôt par des passes courtes pour sécuriser, tantôt par des ballons plus longs pour casser une ligne, il a fait progresser le bloc stéphanois, apportant enfin de la fluidité au jeu. Sur l’ensemble de la rencontre, il a démontré sa capacité à s’adapter pleinement aux exigences d’un championnat qu’il connaît bien : « Je connais la Ligue 2. C’est un championnat intense, où tous les matchs sont difficiles. Ça se donne sans arrêt, mais ça joue aussi au ballon. »
Ce n’est sans doute pas un hasard si, à partir de son entrée, l’équipe a semblé plus sereine, presque libérée. Les défenseurs ont osé davantage et se sont montrés moins fébriles qu’en première période, tandis que les milieux se sont projetés avec plus de conviction. L’ensemble du groupe a gagné en maîtrise et en qualité de jeu. Il y a presque eu l’impression de voir deux équipes distinctes : une AS Saint-Étienne hésitante et friable avant la pause, puis une formation plus discipliné et confiante après l’entrée d’Abdoulaye Kanté.
Sans éclat inutile ni geste spectaculaire, Abdoulaye Kanté a livré une entrée remplie de maturité et de justesse. Dans un secteur en manque de repères depuis plusieurs semaines, il a envoyé un signal limpide : celui d’un joueur prêt, physiquement comme mentalement, à occuper un rôle central dans l’équilibre de cette ASSE nouvelle version. Reste désormais à savoir si les pépins physiques l’épargneront et s’il saura enchaîner les rencontres. Une question, simple, se pose déjà : comment s’en passer, désormais ?
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