Ligue 2 : un grand soir à Geoffroy-Guichard… surtout pour ne pas tout gâcher

La tribune du Kоp Nоrd au Stade Geоffrоy-Guichard, pleine de suppоrters de l'AS Saint-Étienne, оrnée de tifоs et de drapeaux․

Des affiches comptent double, parfois davantage. Ce samedi soir à 20 heures, le stade Geoffroy-Guichard accueille l’un de ces rendez-vous qui donnent à une fin de saison des airs de grand soir : l’AS Saint-Étienne, deuxième de Ligue 2, reçoit l’ESTAC Troyes, leader, pour un choc au sommet de la 32ᵉ journée. Au match aller, les Verts s’étaient imposés dans la douleur au stade de l’Aube.

Un match capital pour les deux formations. Dans un chaudron annoncé à guichets fermés, les Verts devront s’imposer pour garder leur destin en main dans la course à la montée directe. En face, Troyes a l’occasion de frapper un grand coup, peut-être décisif, dans la lutte pour le titre.

Coup d’envoi à 20 heures sous l’arbitrage d’Antoine Valnet. Une désignation qui n’est pas passée inaperçue du côté stéphanois : à Geoffroy-Guichard, l’arbitre a dirigé quatre rencontres de l’ASSE pour un bilan défavorable, avec une seule victoire pour trois défaites. Un historique qui nourrit les discussions, même si les joueurs devront s’en détacher au moment d’entrer sur la pelouse.

Deux dynamiques relancées par les derniers résultats

Le décor est planté : Troyes arrive en leader avec 61 points, devant Saint-Étienne et Le Mans, tous deux à 57 points après 31 journées. Les Aubois présentent un bilan de 18 victoires, 7 nuls et 6 défaites, pour 53 buts marqués et 32 encaissés. L’ASSE, elle, suit à quatre longueurs, avec 17 victoires, 6 nuls et 8 défaites, 53 buts inscrits et 33 concédés. 

Saint-Étienne aurait pu arriver lancé comme une fusée. Mais les Verts ont brutalement été freinés le week-end dernier à Bastia, battus 2-0 dans un match où ils ont été cueillis très tôt avant de buter sur une équipe corse pleine d’énergie. Cette défaite a surtout rappelé une vérité simple : l’ASSE est redevenue très forte, mais elle n’a pas encore tout sécurisé. Le revers en Corse a permis au Mans de revenir à hauteur et a redonné une tension maximale à ce sprint final.

Philippe Montanier n’a d’ailleurs pas masqué sa déception en conférence de presse jeudi : « Le match de Bastia n’a laissé que du négatif« , a-t-il lâché, demandant à ses joueurs de se concentrer uniquement sur cette rencontre capitale.

Troyes, de son côté, a repris de l’air en dominant Boulogne-sur-Mer 1-0 au Stade de l’Aube. Après un nul à Montpellier et une défaite à Rodez, l’ESTAC avait besoin de rassurer. Elle l’a fait avec sérieux, grâce à son homme fort, Tawfik Bentayeb, auteur du but victorieux au retour des vestiaires, son 17e but de la saison en Ligue 2. Stéphane Dumont s’était d’ailleurs félicité de la solidité retrouvée de son équipe après cette victoire sans encaisser de but.

Le Mans FC ouvre le bal à 14 heures : un mano a mano sous tension

Avant même le coup d’envoi dans le Chaudron, un autre match pèse lourd : Grenoble – Le Mans, programmé ce samedi à 14 heures. Les Manceaux, troisièmes mais à égalité de points avec Saint-Étienne, sont les invités surprises de cette fin de saison.

Leur résultat conditionnera une partie de la pression du soir : une victoire mancelle mettrait l’ASSE dans l’obligation de répondre, tandis qu’un faux pas offrirait aux Verts une opportunité en or de reprendre de l’air dans la course à la deuxième place.

ASSE : les différents scénariоs envisageables entre espоir et désillusiоn

Leader du championnat avec quatre points d’avance sur Saint-Étienne et Le Mans, Troyes peut transformer son déplacement à Geoffroy-Guichard en soirée historique. L’ESTAC pourrait non seulement valider sa montée directe en Ligue 1, mais aussi décrocher le titre de champion de Ligue 2 dès ce samedi soir.

Pour les Aubois, le scénario royal est limpide : une victoire dans le Chaudron, combinée à une défaite du Mans à Grenoble à 14 heures, offrirait mathématiquement le titre de champion de Ligue 2 à l’ESTAC. Troyes compterait alors 64 points, contre 57 pour Le Mans et Saint-Étienne, au mieux, à deux journées de la fin. Avec sept longueurs d’avance et seulement six points encore en jeu, les hommes de Stéphane Dumont ne pourraient plus être rejoints.

Pour l’ASSE, actuelle deuxième à la différence de buts, l’enjeu est double : défendre sa place dans le top 2, synonyme de montée directe, et relancer le suspense en tête. En cas de succès, les Verts reviendraient à un petit point de Troyes. Si Le Mans ne gagne pas à Grenoble, Saint-Étienne prendrait en plus de l’air dans la course à la deuxième place. Et si Le Mans s’impose, la fin de saison deviendrait totalement folle, avec trois équipes lancées dans une course au titre encore ouverte.

Un match nul laisserait Troyes en position très favorable, sans toutefois sceller le titre. Quant à une défaite stéphanoise, elle ne condamnerait pas mathématiquement les Verts dans la course à la montée directe, mais elle pourrait les faire basculer à la troisième place si Le Mans s’impose plus tôt dans l’après-midi. C’est tout ce qui rend cette affiche aussi électrique : en 90 minutes, le championnat peut se figer, se resserrer ou basculer dans l’irrationnel.

« Le Chaudrоn des très grands sоirs »

L’attente autour de ce match est immense. La billetterie stéphanoise a été prise d’assaut, avec plus de 100 000 demandes évoquées pour cette affiche, un engouement comparé à celui de la réception de Manchester United en 2017. L’ASSE a d’ailleurs rappelé les risques liés au marché noir et demandé aux supporters de passer uniquement par les canaux officiels.

Geoffroy-Guichard affichera complet. Côté troyen aussi, l’événement est pris très au sérieux : environ 600 supporters aubois sont attendus dans le parcage, avec un déplacement organisé en cars au départ de l’Aube. Plus largement, la préfecture a encadré le déplacement des supporters visiteurs, limités à 800 dans l’enceinte stéphanoise.

Huis clos à l’AS Saint-Étienne, ouverture au public à l’ESTAC Troyes : deux philosophies opposées

La semaine stéphanoise s’est déroulée dans une atmosphère particulière. Philippe Montanier a assumé le choix de préparer ce choc à huis clos. L’entraîneur a expliqué que l’engouement populaire de la semaine précédente avait perturbé l’organisation : « On a eu un tel engouement les deux jeudis précédents que les joueurs ont passé beaucoup de temps à signer des autographes et on a dû annuler notre séance vidéo », a-t-il précisé.

Il faut donc nuancer l’idée selon laquelle l’ASSE aurait « privilégié les partenaires commerciaux » : ce qui ressort des propos de Montanier, c’est surtout que le staff a voulu éviter la dispersion. « Les obligations commerciales avec les partenaires qui nous soutiennent, ça fait partie de notre travail« , assume-t-il, tout en reconnaissant que dans une semaine aussi décisive, Saint-Étienne a choisi la bulle.

Troyes, à l’inverse, a communiqué son planning de préparation et son déplacement, donnant l’image d’un leader qui assume l’exposition et avance sans se cacher. Les entraînements sont restés ouverts au public côté troyen, une approche diamétralement opposée.

L’AS Saint-Étienne frappée par une hécatombe, l’ESTAC Troyes avec une incertitude de taille

Côté stéphanois : l’infirmerie déborde

C’est l’un des grands sujets de cette affiche : Saint-Étienne arrive diminué. Le groupe de Philippe Montanier est touché dans plusieurs secteurs, et pas avec des absences anecdotiques. Mahmoud Jaber, opéré, ne devrait pas rejouer d’ici la fin du championnat. Florian Tardieu, toujours en convalescence, est également attendu hors course pour la fin de saison. Paul Eymard, victime d’une fracture du tibia, et Djylian N’Guessan, victime d’une alerte musculaire est sortie à la mi-temps du match contre Jura Sud,   disputé avec la réserve.

À cette liste s’est ajouté un coup dur de dernière minute : Julien Le Cardinal, devenu un élément important et vice-capitaine du groupe, est absent, touché aux ischio-jambiers. Sa saison pourrait être compromise. Face à ces absences, Montanier a lâché sans détour : « On a un effectif très pauvre en attaque« , une phrase lourde de sens à la veille de ce choc décisif.

En compensation, João Ferreira effectue son retour dans le groupe après sa fracture, une bonne nouvelle pour apporter de l’expérience dans ce type de rendez-vous sous haute tension. En revanche, pas de convocation pour Soumahoro, un choix qui interroge mais qui s’inscrit dans la logique de Montanier de privilégier la cohésion du groupe.

Tawfik Bentayeb finalement dans le groupe, une incertitude plane sur son temps de jeu

Annoncé incertain mercredi dans la presse du côté de ESTAC Troyes, Tawfik Bentayeb figure finalement dans le groupe pour le déplacement.

Meilleur buteur de l’ESTAC avec 17 réalisations, encore décisif face à Boulogne ce week-end, l’attaquant marocain avait quitté ses partenaires à la 75e minute après une douleur au quadriceps.

Son entraîneur Stéphane Dumont restait prudent en conférence de presse : « Il y a toujours une crainte, mais je n’ai pas le détail de sa blessure. Quand on sort en cours de match, ce n’est jamais évident. J’espère que c’est juste une alerte et qu’il est sorti par précaution. »

Finalement, pièce essentielle du système offensif de l’ESTAC Troyes, Tawfik Bentayeb est bien présent dans le groupe. Reste désormais à savoir comment il sera utilisé ce soir face aux Verts, lui qui avait manqué le match aller.

Dernier face-à-face à Stade Geoffroy-Guichard pour l’AS Saint-Étienne, baptême du feu pour Philippe Montanier

Le dernier affrontement entre les deux équipes dans le Forez remonte à février 2024, où les Verts avaient infligé une lourde défaite à Troyes (5-0), avec notamment des réalisations de Ibrahim Sissoko, Nathanaël Mbuku, Yvann Maçon et Anthony Briançon. Un souvenir douloureux pour les Aubois.

Philippe Montanier n’a jamais rencontré l’ESTAC dans son parcours d’entraîneur, il s’agira d’une première pour l’entraîneur stéphanois.

En tant que joueur, l’ancien portier stéphanois et ses coéquipiers s’étaient imposés face à Troyes en 1999, sous les ordres de Robert Nouzaret. 

Les déclarations d’avant-match : la détermination de Ben Old

Le latéral gauche Ben Old s’est montré particulièrement combatif en conférence de presse.  « Ce résultat [à Bastia] est une grosse déception pour les supporters comme pour nous. Dans ce championnat, on doit toujours être à notre meilleur niveau pour performer. On a rapidement analysé notre défaite à Bastia : techniquement, mentalement, on a été en dessous de nos standards habituels. Mais on s’est rapidement tournés vers Troyes et je pense que la déception de ce dernier rendez-vous va nous pousser à affronter Troyes avec le maximum d’allant. Avec le stade et les supporters à domicile, ça amène beaucoup de détermination pour faire ressortir le meilleur de nous-mêmes. »

Le Néo-Zélandais a également évoqué la capacité des Verts à performer sous pression :  « Je pense que nous avons été performants, à part lors du dernier match, pendant une longue période. Je pense que l’équipe performe davantage quand elle est sous pression. Quand il y a de grandes occasions et des matchs que nous devons gagner, nous sommes meilleurs. »

Un autre aspect soulevé par Old concerne la différence entre les performances à domicile et à l’extérieur : « C’est décevant qu’on ne soit pas capables de reproduire ça à l’extérieur, mais on en est conscients. C’est un point sur lequel on essaie de s’améliorer. »

Pour conclure, le défenseur a affiché ses ambitions : « C’est un match très important, très excitant à jouer. Il va falloir donner le meilleur de nous-mêmes avant même de penser à la suite. »

Entre un potentiel sacre troyen en terres foréziennes, une consolidation précieuse de la deuxième place pour des Verts qui pourraient prendre un bol d’air salvateur (surtout en cas de défaite du Mans à Grenoble), ou encore une folle relance du suspense avec un trio toujours en lice pour le titre, cette soirée promet mille et un dénouements. 

Il faut sans doute remonter au miracle amiénois de 2017 – et cette accession arrachée à l’ultime seconde sur la pelouse de Reims – pour retrouver la trace d’un choc de Ligue 2 cristallisant autant d’enjeux croisés et de destins possibles.

Ce samedi soir, c’est toute une ville qui s’apprête à vibrer devant cette rencontre aux allures de finale avant l’heure. 90 minutes pour écrire l’histoire de cette saison, ou la subir…


En savoir plus sur TRIBUNE STÉPHANOISE

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Avatar de Inconnu
Gael Ogier

Laisser un commentaire

error: Content is protected !!