L’AS Saint-Étienne a tourné une page, sans vraiment avoir eu le temps d’en écrire la fin. Au lendemain d’une nouvelle défaite à Geoffroy-Guichard face à Boulogne qui affecte le bilan par une série de contre-performances à domicile, une ambiance devenue tendue au Stade Geoffroy-Guichard et un effectif fragilisé par les blessures, le club a officialisé, le 1er février 2026, la nomination de Philippe Montanier comme nouvel entraîneur de l’équipe professionnelle masculine, jusqu’à la fin de la saison, avec une année supplémentaire en option.
Le technicien de 61 ans succède à Eirik Horneland, dont le projet n’a pas trouvé la continuité attendue. Sans accabler l’ancien staff, la direction a acté la fin d’un cycle en insistant sur une idée : le bilan collectif n’est pas à la hauteur, mais la saison reste ouverte et l’objectif demeure atteignable. Les Verts sont encore à très peu de points de la seconde place synonyme de montée direct. C’est dans ce contexte, entre urgence immédiate et volonté de reconstruction, que Montanier a été présenté devant la presse, lundi 2 février au matin, quelques heures seulement après sa première prise de contact avec le groupe.
Philippe Montanier : « Saint-Étienne, ça ne se refuse pas. »
Dès les premiers échanges, Philippe Montanier n’a pas cherché à jouer la carte du langage convenu. Il a assumé une dimension intime dans sa décision, évoquant son attachement de longue date au club et aux grandes épopées stéphanoises.
“Pour moi, comme pas mal de gens de ma génération, le club de cœur, ce n’est pas Paris, ce n’est pas Marseille, c’est Saint-Étienne”, a-t-il expliqué, rappelant qu’il avait porté ce maillot à la fin de sa carrière. Et quand on lui demande si cela a été rapide dans sa tête, il tranche, avec un sourire : “Sainté, ça ne se refuse pas.”
Cette fibre affective, Montanier la relie toutefois à des arguments très concrets. Il cite trois raisons : l’histoire personnelle, la structure du club, “ambitieux, avec les moyens de ses ambitions, et un effectif qu’il juge doté d’un vrai potentiel. Mais il ajoute aussitôt une condition : “le talent seul ne suffit pas, il faut travailler dur.”
« Rigueur, discipline, humilité.. » : Montanier annonce ses méthodes de travail
Sur le contenu tactique, Montanier reste prudent : il veut d’abord parler au vestiaire. Mais sa méthode, elle, est déjà posée. Il promet un cadre clair, immédiatement.
“Je suis attaché à certaines valeurs. La rigueur, la discipline vont être importantes, l’humilité aussi”, avance-t-il, en insistant sur l’idée qu’on peut être ambitieux sans perdre cette humilité. Il évoque même les grands joueurs qu’il a côtoyés, pour justifier ce fil conducteur : selon lui, les meilleurs sont souvent “hyper travailleurs” et “hyper humbles”.
Dans le même mouvement, il annonce des règles “strictes”, non comme une punition, mais comme un repère. Son objectif est simple : remettre de la clarté dans un vestiaire secoué. “Les joueurs aiment bien que les choses soient très claires”, explique-t-il. Il dit vouloir l’être “dès demain ».
Philippe Montanier veux remettre de l’équilibre : une attaque à transformer, une défense à sécuriser
Là encore, Montanier ne fait pas de liste technique à la conférence : “j’ai 12 principes défensifs et 12 offensifs”, glisse-t-il, mais il donne sa lecture globale. Il voit une équipe avec “un gros potentiel offensif”, même si l’efficacité a disparu sur la fin (il cite un but sur les derniers matchs). À l’inverse, il estime que l’ASSE doit vite être “plus sécure” derrière. Et pour illustrer sa pensée, il résume l’enjeu de l’équilibre : offrir du spectacle, oui, mais construire une stabilité pour performer dans la durée.
Une semaine courte attends Montanier : vidéo, entretiens et « mission commando »
Prendre une équipe en cours de saison, Montanier le reconnaît : c’est une première pour lui. Donc il faudra “aller à l’essentiel”. Il annonce des journées chargées : entraînement le matin, travail vidéo l’après-midi, et des échanges individuels pour cerner les joueurs et installer sa méthodologie. Il assume également le caractère très court-termiste de la mission. “Il y a une mission commando à faire”, dit-il, en expliquant qu’il travaille comme s’il allait rester dix ans… tout en sachant qu’en football tout peut s’arrêter en quelques mois. Une manière de dire qu’il ne vient pas gérer une transition, mais agir.
La data, oui… mais Philippe Montanier reste fidèle à ses principes
Montanier a aussi répondu à l’étiquette “coach data”. Il ne la rejette pas, mais la nuance. Selon lui, la donnée “fait partie de l’évolution du foot”, et peut aider, à condition de rester à sa place : un outil, pas une vérité. Il insiste sur deux points : les fournisseurs ne donnent pas toujours les mêmes chiffres, et les datas ne remplacent pas l’expertise de terrain. L’idée, dit-il, est de les utiliser “comme une aide à la décision”, en gardant l’humain et l’intuition dans le processus.
Philippe Montanier enttend gérer dans l’urgence sans casser le groupe
Enfin, Montanier a évoqué un risque concret : l’effet “nouveau coach”. Les joueurs voudront en faire trop pour se montrer, parfois au détriment du physique. Il affirme vouloir trouver le bon dosage, en lien avec la cellule performance : travailler dur, oui, mais pas jusqu’à “se péter”. Dans l’immédiat, son discours se veut simple : oublier le dernier match, repartir sur le prochain. “Ce qui est passé est passé”, martèle-t-il. Et si la situation est difficile, il dit arriver avec de l’énergie “non impactée” par la période précédente. Un nouveau départ, qu’il veut transformer en dynamique.
En filigrane de cette conférence, un message n’aura pas échappé : celui livré par Huss Fahmy. Derrière les mots mesurés et l’optimisme affiché, le directeur exécutif a surtout rappelé une évidence : le temps des discours est terminé, celui du travail commence. Et ce travail débute dès ce samedi, avec la réception du Montpellier Hérault SC, actuel neuvième de Ligue 2. Une première échéance immédiate pour Philippe Montanier, déjà confronté à la réalité du terrain, dans un Chaudron qui attend désormais des actes.
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