ASSE féminine : « Ce n’est pas avec la data que tu vas te maintenir »

Sébastien Joseph échange avec des joueuses de l’ASSE féminine au centre d’entraînement de l'Étivallière.
Temps de lecture : 6 min

L’ASSE féminine n’est pas parvenue à éviter la relégation au terme d’une saison 2025-2026 marquée par de nombreux bouleversements. L’exercice avait pourtant commencé avec de fortes ambitions.

Arrivé après avoir conduit Dijon à la quatrième place et aux play-offs, Sébastien Joseph devait ouvrir un nouveau cycle et installer progressivement les Vertes dans le haut du classement. Son arrivée s’est accompagnée d’un profond renouvellement de l’effectif, avec douze recrues et le départ de plusieurs cadres.

Malgré une préparation estivale prometteuse, le projet s’est rapidement heurté à un manque d’efficacité offensive et à des résultats insuffisants. Après seulement deux victoires en quinze journées, son passage s’est achevé par une mise à pied, puis par la rupture de son contrat à la suite des propos injurieux tenus après le derby contre l’OL Lyonnes.

Invité sur la chaîne YouTube de Tribune Stéphanoise pour parler du football féminin et, plus particulièrement, des moments forts de la saison de l’ASSE féminine, Mathieu, alias Maankso Football, revient sur cet exercice mouvementé. Passionné et observateur des Vertes, il analyse les départs de plusieurs cadres, le mercato estival, les choix de Sébastien Joseph et le scénario cruel vécu face à Fleury lors de la dernière journée.

Le mercato des Verts, révélateur des manques chez les Vertes

Le recrutement de l’équipe masculine lui sert alors de point de comparaison. Tandis que le choix de la rédaction s’est porté sur Chico Lamba malgré ses blessures à répétition, Mathieu lui préfère Julian Le Cardinal. Il met notamment en avant son expérience en Ligue 1, sa connaissance du championnat français et sa participation à la Ligue des champions avec le Stade Brestois en 2024-2025.

À ses yeux, les Vertes auraient justement eu besoin de joueuses présentant ce type de garanties. Il regrette ainsi un recrutement davantage guidé par la data que par la recherche de profils expérimentés et habitués au football français : « Ce n’est pas avec la data que tu vas te maintenir en Arkema Première Ligue, avec des joueuses qui nous viennent de Serbie, du Danemark, etc. »

Sébastien Joseph, une franchise qui n’a pas fait l’unanimité

Mathieu reconnaît avoir accueilli avec beaucoup d’enthousiasme l’arrivée de Sébastien Joseph, le 25 juin 2025. Le technicien restait alors sur une saison réussie avec Dijon, conclu à la quatrième place de l’Arkema Première Ligue. Une performance qui avait permis au club bourguignon de disputer les play-offs, avant d’être éliminé par l’OL Lyonnes (1-4).

L’un des épisodes marquants de la saison intervient toutefois dès le 26 septembre 2025. Après la défaite des Vertes face au Paris FC (0-2), lors de la troisième journée, Sébastien Joseph déclare que « certaines joueuses se croient en vacances ». Une sortie qui choque une partie des supporters stéphanois. Certains estiment alors que l’entraîneur a perdu son vestiaire et qu’une séparation devient préférable.

Mathieu porte un regard plus nuancé sur cette déclaration. Selon lui, l’entraîneur reste le mieux placé pour juger l’investissement de ses joueuses au quotidien, même s’il reconnaît que la forme employée dans la presse pouvait être maladroite. Il se montre d’ailleurs favorable à une parole plus franche de la part des entraîneurs comme des joueurs, loin des discours souvent formatés des après-matchs.

S’appuyant sur sa propre expérience de joueur, il rappelle également qu’une sortie destinée à piquer un vestiaire peut provoquer une réaction positive. L’exigence et l’application sont, selon lui, indispensables pour atteindre le haut niveau et se démarquer. À ses yeux, savoir accepter ce type de critiques fait pleinement partie des contraintes du football professionnel.

Sébastien Joseph, entre adaptation tactique et liberté de recruter

Les nombreux ajustements tactiques opérés par Sébastien Joseph ont parfois donné le sentiment que les Vertes changeaient trop régulièrement leur manière de jouer. Mathieu porte toutefois un autre regard sur cette capacité d’adaptation. À ses yeux, l’ASSE ne pouvait pas préparer une rencontre face à l’OL Lyonnes comme un match contre Le Havre, Marseille ou un autre adversaire du championnat. « Il faudrait être maso pour jouer de la même façon contre l’OL Lyonnes », résume-t-il.

Cette lecture se prolonge sur le mercato. Mathieu estime que Sébastien Joseph disposait d’une certaine marge de manœuvre et bénéficiait du soutien de sa direction. Lorsque l’entraîneur jugeait un renfort nécessaire, Jean-Marc Barsotti, président de l’Association de l’ASSE, cherchait à donner une suite favorable à sa demande pour compléter l’effectif.

Après son départ, Sébastien Joseph avait néanmoins livré une version plus nuancée de ses conditions de travail à l’ASSE. Le technicien regrettait notamment l’absence d’un directeur sportif, évoquait plusieurs freins internes et expliquait que les difficultés rencontrées sur le marché français avaient parfois conduit le club vers des profils éloignés de ses priorités initiales. Les demandes de l’entraîneur pouvaient donc être entendues par la direction sans que l’ASSE parvienne pour autant à concrétiser toutes ses pistes.

Une relégation méritée, mais un dénouement cruel

Pour Mathieu, les Vertes ont terminé à la pire place possible. Confronté à d’importantes difficultés financières et resté sans repreneur, Dijon a dû mettre fin à sa section féminine. Cette disparition a permis au RC Lens de bénéficier d’un repêchage en Arkema Première Ligue, tandis que l’ASSE a été reléguée.

Mathieu ne conteste pas pour autant la logique sportive de cette descente. Avec seulement trois victoires en 22 journées, il estime que la relégation des Stéphanoises est méritée. Il considère même comme un « miracle » le fait que les Vertes aient encore pu croire au maintien lors de l’ultime journée.

Le dénouement reste néanmoins particulièrement cruel. Alors que l’ASSE tenait son maintien, Fleury a égalisé dans la dernière minute et anéanti les espoirs des nombreux supporters stéphanois. Un scénario d’autant plus difficile à accepter que le club francilien ne pouvait plus intégrer les play-offs, déjà promis à l’OL Lyonnes, au PSG, au Paris FC et au FC Nantes.

Depuis son départ de Saint-Étienne, Sébastien Joseph a ouvert un nouveau chapitre de sa carrière loin du Forez. Depuis le début du mois de juillet 2026, il occupe les fonctions de cadre technique national et de sélectionneur de l’équipe féminine U20 au sein de la Fédération royale marocaine de football. Une première expérience comme sélectionneur, qui lui permet de découvrir les exigences du football international.

À Saint-Étienne aussi, une nouvelle histoire doit désormais s’écrire. Après une préparation estivale encourageante, les joueuses de Yannick Chandioux lanceront officiellement leur saison face au RC Roubaix Wervicq Féminin, le samedi 22 août 2026, en Coupe LFFP. Ce premier rendez-vous permettra de mesurer si les bonnes impressions laissées durant l’été peuvent, cette fois, se confirmer en compétition.


En savoir plus sur

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Avatar de Inconnu
Louis Romeira

Laisser un commentaire

error: Content is protected !!