©ASSEofficiel
À l’heure du dépôt des comptes, l’AS Saint-Étienne l’a réalisé pour sa société d’exploitation, la SASP AS Saint-Étienne.
Un rendez-vous discret mais essentiel, tant il permet de mesurer la réalité économique et financière du club. Souvent perçus comme techniques, les chiffres comptables racontent pourtant une vision claire : celle des moyens du club, de ses contraintes financières ainsi que de sa capacité à se projeter sur l’avenir.
Ils ne se limitent donc pas à un résultat comptable basique, mais reflètent plutôt les décisions de gestion prises par l’ASSE.
SASP AS SAINT-ETIENNE : Noyau financier du club
La SASP AS SAINT-ÉTIENNE constitue donc le pilier de gouvernance du club. Cette société porte l’activité sportive professionnelle : contrats des joueurs et du staff, masse salariale (rémunération brute des joueurs), fonctionnement quotidien… En résumé, tout ce qui se passe sur et autour du terrain transite par la SASP.
Cependant, les résultats comptables et financiers doivent toutefois être lus avec recul et rigueur.
Dans le football, un déficit peut traduire un investissement assumé, tandis qu’un équilibre comptable n’assure pas de performances sportives optimales. Les comptes reflètent avant tout un moment de vie du club, notamment sur le plan financier.
Ils dépendent principalement de choix stratégiques, sportifs et d’événements structurels, venant bouleverser l’équilibre économique d’un exercice à l’autre.
Leur analyse précise est essentielle pour maintenir un niveau de compétitivité au niveau du mercato ou préparer l’avenir…
Il est donc important de distinguer résultat comptable et réalité sportive, ces deux enjeux répondant à des temporalités différentes.
Analyse de l’exercice écoulé : entre contraintes et ajustements
Les comptes de la SASP ASSE reflètent une saison charnière : la remontée en Ligue 1. Cela se traduit explicitement dans les comptes, le contexte sportif expliquant la hausse significative du chiffre d’affaires (+9,7 M€). La billetterie en forte hausse (69,2 %), les recettes commerciales (59,04 %) et les droits TV ne sont pas anodins dans ce résultat. Leur augmentation est tout à fait logique puisqu’ils correspondent aux revenus de Ligue 1 (+1,4 M€). Elle a renforcé la base économique de l’ASSE, même si cela s’accompagne logiquement d’une augmentation des charges pour rester compétitif.
Point sur lequel je reviendrai plus tard…
Ainsi, l’ASSE se retrouve à générer des revenus, confirmant que la performance sportive reste le moteur principal de la santé financière.
Malgré des recettes en progression, le compte de résultat affiche une perte de 30 M€. Un chiffre important, malgré une hausse de la production vendue, portée principalement par les services (billetterie, droits TV…). Cette progression n’a toutefois pas pu compenser la baisse des subventions et des autres produits d’exploitation.
Pourtant, le compte de résultat révèle une dynamique plus nuancée, au-delà d’une perte modeste. Décryptage
Les produits financiers demeurent secondaires dans les comptes, sans évolution significative dans la structure globale des revenus.
En parallèle, les produits exceptionnels chutent de 97 %, une cohérence qui s’explique par leur caractère ponctuel. Ils sont donc une ressource non structurelle et ne montrent aucune dégradation de l’activité courante.
Mais, cette progression des produits s’accompagne inexorablement d’une hausse des charges, reflet des exigences économiques de la Ligue 1. Celles d’exploitation expliquent largement ce déséquilibre. En effet, la masse salariale augmente fortement (+ 48 %), reflet d’un effectif renforcé, avec une hausse logique des charges sociales (+ 43,6 %).
Les dotations aux amortissements progressent également, signe que l’ASSE investit dans ses actifs. Ainsi, la perte n’est pas uniquement subie : elle reflète aussi des choix structurels et une volonté de préparer l’avenir dans un modèle toujours dépendant du soutien actionnarial KSV.
Bilan comptable : Analyse
Avec un fonds de roulement positif d’environ 10 M€, l’ASSE dispose d’une marge financière convenable. Cet indicateur est essentiel puisqu’il vérifie un certain équilibre financier, afin que les actifs immobilisés (ce que le club possède) soient financés par des ressources de longue durée (capitaux propres, dettes financières à long terme…). Il traduit donc une capacité à financer une partie de son cycle d’exploitation malgré une hausse marquée des créances ou des charges constatées d’avance, point de vigilance pour les exercices à venir. Concernant les charges constatées, cela est un effet mécanique de la montée en L1.
Quant aux disponibilités, elles sont en hausse de 68,5 %, point rassurant sur la trésorerie à portée immédiate.
Le BFR (besoin en fonds de roulement) exprime les besoins de financement d’une entreprise (créances, dettes d’exploitation…), est un indicateur aussi important. Ainsi, le BFR de la SASP ASSE ressort légèrement négatif (-516 K€), signe que le club parvient à financer son exploitation courante grâce à ses encaissements d’avance (droits TV, produits différés). Cela permet de limiter ainsi la pression sur sa trésorerie, notamment sur cette saison charnière de la montée en L1.
Finalement, la trésorerie se révèle être positive (+ 10,6 M€), sans recours à une trésorerie passive. Cette situation est renforcée par un BFR négatif, indicateur qui se révèle profitable pour le club comme abordé précédemment. Bien que les disponibilités atteignent 40,1 M€, l’écart entre la trésorerie et les disponibilités s’explique par les dettes financières au passif.
Au-delà de ce constat comptable, l’enjeu réside néanmoins dans la consolidation de cette stabilité financière, puisque l’exercice se solde par une perte de presque 30 M€.
Une vision de reconstruction progressive
Les comptes de la SASP ASSE semblent indiquer une étape de reconstruction, plutôt qu’une véritable rupture.
La stratégie adoptée par Kilmer Sports semble allier une gestion rigoureuse à des aspirations sportives, dans un environnement toujours précaire. Ils s’inscrivent entièrement dans cette démarche : assurer l’existant avant de déclencher une dynamique plus pérenne.
Le retour en L1 a favorisé la relance de vecteurs économiques essentiels (droits TV, recettes commerciales…), diminuant ainsi la dépendance à court terme de Kilmer Sports.
Néanmoins, l’apport de capital reste indispensable pour compenser les pertes structurelles et assurer la pérennité du club. Le défi consistera à conserver une gestion contrôlée, en dépit des ambitions sportives affirmées, pour des marges de manœuvre viables.
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